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jeudi 10 juin 2010

Idées à partager !

Aujourd'hui, nous allons apprendre à imposer des idées nouvelles aux collaborateurs !
Prenons une idée. Agitons-là un moment dans le bureau pour deviner son potentiel. Ah, c'est une Bonne idée... Parce qu'il y en a des mauvaises, parfois déguisées en pensées envahissantes ou bien en intuition féminine. Ce sont les pires ! Nous devons maintenant en soutirer la substance, presser à en extraire l'huile essentiel, garder la crème de ce brouillard cognitif... et l'étaler sur papier. Ou sur Excel pour faire moderne !
A cette étape, le génial inventeur ne peut s'empêcher de répandre des échantillons, des mises en bouche de sa révolution. Sans effet d'ailleurs ! Miné par l'indifférence générale, il prend l'incroyable risque d'en toucher un murmure au Chef. Lequel se fiche royalement de rejouer 1789 dans ces bureaux, tandis que son chef à lui attend à en user son fauteuil le planning à jour. Géo Trouvetou rentre tout bonnement penaud dans son bout de bureau. La nuit est dure. L'incompris se morfond entre déception et fatalité. Quelle bande d'ignorants ! Ils ne savent vraiment pas à côté de quelle redoutable avancée ils passent. Au matin, il empoigne son idée, la choie une dernière fois à hauteur de la poubelle, avant de s'assoir dessus à deux pieds !
Une seule erreur... son envie de libre expression. Au lieu de courir les couloirs à dénicher un soutien, mieux vaut laisser faire le naturel. C'est beaucoup moins fatiguant ! Voyons, qui fait bouger les choses dans une grande entreprise ? C'est l'Urgence. Face aux risques ou au Directeur Général, c'est la femme la plus efficace. Et bien, cédons-lui le terrain ! Regardons-la débouler sur les écrans, remplir les messageries, passer des coups de téléphone, pendant que nous vérifions l'inventaire de nos idées poubellisées. Et bientôt, apprêtons-nous à accueillir à bras ouverts, démineur fermé, et café serré un chef aux traits crispés par son dernier tête-à-tête avec Mademoiselle U.
Instantanément, nous voici transposés au marché au puces. Selon la technique millénaire, Chef va nous faire part de ses états d'âmes, pour nous attendrir et nous ramener à sa noble cause. Il le faut absolument pour ce soir ! C'est vital pour l'entreprise ! Ne nous trompons pas, son seul objectif est de repartir les mains vides, son fardeau sur votre table. Et le notre, c'est de lui refiler une idée plutôt que notre précieux temps nocturne. Jouons sur la corde familiale. Chef, je crois que je vais nous faire rentrer plus tôt chez nous ! Pour l'heure, dessinons brumeusement le contour de l'idée. Une explication détaillée des tenants et aboutissants est évidemment hors propos. Chef se fiche pas mal des points sombres. Il a déjà son stock de problèmes pour la soirée.
Si vous n'êtes pas convaincu, titillez-le avec des "Je crois que c'est une bonne idée, mais tout de même, les problématiques de responsabilités peuvent soulever de nombreuses contestations !" A coup sûr qu'il vous sort "C'est un premier jet ! On fera une révision la semaine prochaine." ...qui n'arrive jamais.
Et voilà, sans trop d'effort nous avons réussi à vendre notre idée au Chef, et donc au service entier, sans réunionite ni concession !

mardi 13 avril 2010

L'heure gabonaise

Au Gabon, l'heure n'existe pas ! C'est bien simple, elle est restée la notion abstraite importée par les européens et cultivée à grand soin par les administrations qui ne se privent pas de vous rappelez que 15h15, on ferme Monsieur Vincent. Mais prenons la vie quotidienne. Quand on lui demande une description brève de ses quelques mois passé en France, immanquablement le gabonais répond "les gens sont toujours en retard, ils ont toujours à faire" ! Ce n'est pas une moquerie. Pour le local, il est impensable de dépendre d'une montre, de prendre plusieurs rendez-vous dans la journée, de tenir un agenda au clair.
Un évènement est programmé. Très bien, quoiqu'en dise l'affiche ce sera pour la journée entière. Et moi de passer pour un zombie à juger qu'il se finira à 10h pile, pour ensuite enchainer sur un petit déjeuner au Diodon's, et finalement être à l'heure lavé et changé pour le déjeuner grillé sur le sable fin.
Partant de cet axiome, tous les horaires indiqués sur les prospectus sont faux ! Sauf... la fin de la journée de travail. Mais sans activité port-gentillaise, que voulez-vous faire ensuite ? Restez assis sur le parpaing au bord de la route à congosser jusqu'à la nuit tombée sans vous préoccuper de l'heure ? Ou bien, pour les expatriés, serrer les rangs devant le zinc, le regard tourné vers le dernier match Paris-Marseille ?
De là les incompréhensions au travail. Dans un pays où l'unité de temps est la journée, où l'on arrive par "le train de mardi", comment comprendre qu'un dossier urgent doit partir "dans la minute" ! Aujourd'hui, demain, au final c'est pareil !
Qui s'étonne encore des retardataires de la demi-heure aux rendez-vous ?

samedi 6 mars 2010

Ca secoue dans les chaumières

Cette nuit, Orage ! Le genre à se croire en pleine guerre, la tête dans le fût, les oreilles collés aux parois à chaque flash qui illumine violemment les murs à travers l’interstice des volets clos ! Par moment, quelques effets stroboscopiques rappelle une cheminée tout feu tout flamme dont mon palier s’égayait à jouer l’antre. Les murs tremblants, je finis par fermer l’œil.

Brusquement l’obus éclate sous ma fenêtre dans un étincelant fracas ! Réveil en sursaut. Pas longtemps, l’armée bat en retraite, et bientôt de la météo contrariée il ne reste que les spasmes incandescents qui faiblissent.

Réveillé au petit matin par les premiers rayons de soleil, je tends un œil mou vers mon réveil à piles. 04 :32. Non, attendez, c’est bien trop tôt pour faire jour ! C’est quoi se binz ? Je glisse sur le carrelage et rampe vers la douche, passant au nez de climatiseur muet. L’interrupteur singe ma fulgurance matinale : pas de lumière ! Ya vraiment des trucs pas clairs ce matin ! Je fais un crochet par la cuisine et tâtonne sur les touches musicales du tableau électrique. Je relève le directeur et deux adjoints. Bien sûr, ils n’ont pas de nom pour distinguer leur fonction ! Poser négligemment sur la table du salon, l’heure de mon mobile me donne 7h34. Mon fauteuil d’entreprise attend mon popotin depuis déjà quatre minutes.

Le soir venu, home sweet home ! Je passe une jambe dans la chambre et, Quelle horreur, elle est aussi chaude que les allées biscuits du Casino ! Déjà qu’elle n’était pas isolée, si en plus mon climatiseur se contente de brasser l’air, je vais passer une nuit torride ! Pour équilibrer la perte, je pousse celui du salon au maximum. Un pull apprêté pour mon confort, je prévois un dîner à la fraîcheur nocturne. Mais non ! Tout comme le dragon épuise son feu et meurt, mon climatiseur offre actuellement ses derniers soupirs glacés
Je fais le tour des installations pour relever d’autres éventuelles dommages : je passe à la cuisine vérifier la salle des serveurs !


Sur la plaquette de bois, à la verticale de la gazinière, repose le nœud informatique des huit logements de plein pied de la Concession. Deux modems ADSL, un routeur, un point Wifi et une alimentation de secours en cas de coupure de courant baignent dans l’atmosphère surchauffée de ma cuisine à température extérieure. Le pratique de la chose, c’est que ça m’amuse de voir clignoter les loupiotes alors que mon steak porté au feu suinte l’huile dans la poêle fumante ! Dans cette ville de tous les kongossas (= rumeurs), je pourrais même dénoncer mon voisin numéro 8 qui suce la bande passante comme un bébé goulûment son sein maternel !
Pourtant ce soir le sapin ne brille pas des masses. Yen a un là-haut qui a dû se prendre une châtaigne de la Grosse Bertha la veille. Mais je préfère ne pas toucher. Je leur en fais déjà assez voir avec mes grillades de poissons !